|
Homélie de son Eminence le Cardinal Jean-Marie LUSTIGER
Nous vous proposons de méditer sur un moment important de la cérémonie du 7 février :
l’homélie de Son Eminence le Cardinal Jean-Marie LUSTIGER, Ordinaire des Catholiques de rite
Oriental en France.
|
Cher amis, je parle d’abord à nos amis chaldéens pour leur dire combien je partage leur
joie. Vraiment. En profondeur. Car la construction de cette église a été un défi. Et
vous savez que les évêques de l’Ile-de-France ont participé à votre projet car ils
considéraient que c’était leur responsabilité commune de vous permettre d’avoir ce
sanctuaire, vous qui êtes désormais nos compatriotes et non pas seulement des hôtes.
Mais bien plus, vous avez su montrer une générosité sans pareil pour que se poursuive,
et vous continuerez à le montrer, pour que s’achève la construction de ce sanctuaire.
Je ne vais pas donner plus de remerciements, je voudrais seulement dire combien le Père
YOUSIF, qui est votre responsable, a été un promoteur ardent de ce projet.
Vous ayant dis ma joie, je voudrais maintenant m’adresser à ceux qui ne sont pas
chaldéens, il y en a un certain nombre dans cette assemblée, et pour leur poser cette
question : j’imagine que vous ne comprenez pas l’araméen que probablement vous ne
comprenez pas les différentes langues utilisées par cette liturgie et que vous n’avez
compris que quelques phrases que vous avez pu lire dans le petit livret qui nous a été
remis et les avis qu’a donné le père YOUSIF en cours de route.
|
|
Pourtant, ce que nous célébrons nous est profondément familier et c’est à nous non-chaldéens
qu’il faut dire, « ici vous n’êtes pas des étrangers, vous êtes des gens de la maison ».
Qu’est ce que cela veut dire ? Le récit de l’évangile qui vient d’être proclamé, de l’apparition
de Jésus aux apôtres, aux disciples et l’apparition à Thomas nous permet de comprendre ce que
nous sommes en train de vivre. Car après tout pour des français qui ne connaissent pas votre
culture, après tout, ce que nous venons d’entendre, ce que nous venons de voir peut nous
apparaître totalement étranger et sans signification ; pas plus que n’importe quel culte de
n’importe quelle religion dans n’importe quelle autre langue nous ne comprendrions pas. Nous
pouvons nous accrocher à des détails, la mélodie, les répétitions de mots, les gestes du
célébrant mais tout cela ne nous rend pas pour autant comme participant à cette action.
Or cet évangile que nous avons entendu proclamé nous dit que le Seigneur Jésus est ressuscité
d’entre les morts et que désormais dans notre espèce humaine, il y a une autre manière de vivre,
que les disciples de Jésus forment comme un seul corps. Pourquoi ? Parce qu’ils ont entre eux une
complicité idéologique ou une unité de conviction ou de doctrine. Cela peut être le cas mais
cela n’est pas suffisant. C’est qu’en réalité c’est le Christ lui-même ressuscité qui nous unit
à sa vie et c’est lui qui agit dans cette eucharistie comme chacune des eucharisties célébrées
à travers le monde dans toutes sortes de rites et de langues.
Le rite chaldéen fait partie des plus anciens qui existent actuellement au monde. Leur langue
est très proche de la langue du Seigneur. Les détails de leur liturgie sont très proches de ce
qu’a pu être la liturgie de la plus antique Eglise en Orient.
Persécutés souvent, parfois acceptés, parfois respectés, vous êtes une très ancienne Eglise,
vous avez une très longue expérience de la fidélité, de la souffrance, du pardon et du courage.
Et votre attachement à vos traditions n’est pas du folklore. C’est un hommage rendu à
l’Histoire du Salut. Qu’en sera-il dans 20 ans, dans 30 ans pour vos petits-enfants ?
Nous n’en savons rien.
Vous voulez en tout cas leur transmettre le meilleur de ce que vous avez reçu et sachez le bon
chemin pour y parvenir, c’est précisément celui que vous avez choisi et je vous encourage à y
persévérer. Ce n’est pas de leur communiquer des coutumes, ou des rites, ou des préjugés, ou
des habitudes, fussent elles culinaires ; ce n’est pas, pas même une langue, encore que, elle
soit un trésor. C’est la FOI qui précisément permet dans l’Histoire des Hommes ce déploiement
et cette croissance du Corps du Christ, l’édification de ce véritable temple, comme Saint
Paul nous le disait dans l’épître aux éphésiens. Cette église n’est qu’un temple périssable,
mais ce qui est impérissable, c’est le temple que nous formons, car au delà même de la
diversité de la mort et du temps qui use tout, nous savons que ce que nous construisons ensemble
c’est la Jérusalem d’en Haut.
C’est cette communion des Saints qui ne périra pas, qui ne peut périr. Et là est la demeure
de Dieu où le Christ est la pierre de fondation, La pierre d’en haut, la pierre principale disent
les traductions. Voilà, frères, ce qui me semblait utile de nous dire les uns aux autres. C’est
de rendre grâce à Dieu, prier intensément pour vous tous, les morts que vous avez laissés dans
votre pays d’origine, les tristesses, les nostalgies que vous pouvez encore porter en vous. Je
sais que vous avez résolument et courageusement tourné une page et que vous m’avez dit et répété
que vous étiez français et que vous voulez le devenir et vous l’êtes ; mais cela ne vous empêche
pas d’être Chaldéens et cela ne vous empêche pas d’être témoins dans l’Eglise de cette
histoire de grâce dont nous bénéficions tous.
Que cette maison vous serve et qu’elle serve aussi à tous les autres au milieu desquels vous
vous trouvez.
La situation est telle et Monseigneur l’évêque de ce diocèse le dirait mieux que moi, la
situation telle que par providence, vous êtes la communauté chrétienne la plus importante, la
plus nombreuse dans cette partie du diocèse. Vous voilà donc non pas ici comme d’autres seraient
dans un petit village gaulois mais vous êtes ici, à nouveau dans la situation originelle de
l’Eglise, en témoins. Témoignez donc de l’amour, du pardon, de l’espérance, de la vie que Dieu
nous donne. AMEN.
|